IL N’Y A PAS DE RACE BLANCHE

Hervé le Bras, Editions Grasset, 2025

“Toute société élabore des critères ethnocentriques pour justifier sa supériorité voir sa perfection comparée aux autres sociétés qu'elle dévalorise”. Pendant longtemps ce sont les mœurs ou la religion qui justifiaient la supériorité. Puis est arrivée la révolution scientifique. “Naturalistes, médecins, philosophes ont alors rivalisé de classifications raciales destinées à porter au pinacle une race qualifiée de blanche, la leur, en raison d'une prétendue supériorité biologique”. On sait aujourd'hui que le concept de race ne repose sur aucune base scientifique sérieuse. Historien et démographe, Hervé le Bras décrit dans cet ouvrage “l’énorme sottisier accumulé par deux siècles de théories raciales”. 

C'est un botaniste suédois, Carl Linné, qui, dans son travail de classification des animaux, parle en 1735 pour la première fois de quatre variétés d'hommes. En 1749, Buffon “détaille le physique, les mœurs et le caractère supposé de toutes les variétés humaines”. Des naturalistes, on passera aux philosophes, avec en particulier Kant, “sans doute le philosophe que la nature des races a le plus préoccupé”. Le dessinateur et anatomiste Pétrus Camper est le premier à “mettre au point une mesure de la diversité raciale, “l'angle facial”, que les savants qui lui succéderont vont abondamment utiliser”. 

A partir de la fin du 18è siècle, on assiste à une multiplication des classifications raciales : de deux, quatre, cinq, onze, quinze, à seize races selon les auteurs. “Le seul dénominateur commun était la glorification de la race blanche (et l'abaissement de la race noire)”.

Devant ce foisonnement anarchique très peu scientifique, il fallait trouver une porte de sortie pour justifier des races. “Les nations modernes avaient servi de modèle aux races un siècle auparavant, les peuples allaient prendre le relais”. Ce seront les travaux de Alexandre Moreau de Jonnés, d'Arthur de Gobineau, ou de Ernst Haeckel. Ce sera ensuite la mesure du crâne, la craniologie, à laquelle Broca s'emploiera, sans vraiment de succès, à donner une base solide pour distinguer les races. 

“En raison des progrès de la biologie, l'existence de la race commençait à être sérieusement contestée au début du 20e siècle”. Pourtant, malgré toutes les incohérences de toutes les théories raciales, on continue de les inculquer dès le plus jeune âge dans les écoles. De plus, “plusieurs courants sociologiques estiment aussi qu'à partir du moment où les individus agissent d'après ce qu'ils pensent être une race, la race existe comme phénomène mental”. 

Aux États Unis, la question de la race a été institutionnalisée dès la création du pays, “ce qui a simplifié la question, si l'on peut dire”.

Après la seconde guerre mondiale, on aurait pu croire que le sujet allait disparaître. Ce n'a pas été le cas, et, à la fin du 20e siècle, le recours à des statistiques ethniques raciales ou ethno-raciales pour lutter contre les discriminations a relancé le sujet. “Ce qui paraissait une louable intention s'est révélée plus ambigu”.   

Au sortir de cet ouvrage très érudit, et qui demande de l'attention à la lecture, on comprend mieux que si la biologie est très claire sur le fait que la notion de race ne repose sur aucune base scientifique sérieuse, deux siècles de travaux et de théories souvent abracadabrantes ont créé un soubassement idéologique sur lequel s'appuient les discours politiques de préférence nationale et de prétendu racisme anti-blancs. Un cas malheureusement patent de “contre-histoire de la science”.

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