LES RAISINS DE LA COLÈRE

John Steinbeck, Editions Gallimard, 2022 pour une nouvelle traduction 

“Agriculture intensive, appauvrissement des sols, catastrophe climatique, exode, racisme, conditions de travail inhumaines. Quatre vingt dix ans plus tard à une autre échelle et en d'autres lieux, nous y sommes ou bien nous y serons bientôt”, nous dit le traducteur Charles Recoursé dans la préface de l'édition de 2022. Effectivement, c'est un roman universel qu'a écrit John Steinbeck en 1939 : l'histoire qu'il nous raconte résonne largement avec la situation actuelle ou des catastrophes climatiques conduisent à des migrations de personnes qui ont tout perdu et ou les migrants sont soumis à une combinaison d'exploitation éhontée de leur misère et d'une ségrégation visant à les faire repartir.

L'histoire se déroule dans les années 30. Suite à une agriculture inadaptée qui a appauvri les sols, les agriculteurs du centre des États Unis (Oklahoma, Kansas, une partie du Texas...) sont soumis à une catastrophe climatique : sécheresse combinée à des tempêtes de poussière (Dust Bowl) qui arrachent une grande partie de la couche arable, détruisant récoltes et pâturages. Les métayers qui exploitaient la terre et ne pouvaient plus payer le métayage doivent alors abandonner leurs maisons et une grande partie de leurs biens sous la pression des propriétaires et des banques. C'est ainsi près de 15% de la population de l'Oklahoma qui va migrer vers l'ouest, vers la Californie, où on leur a fait miroiter la possibilité de travailler.

Le roman raconte la migration de la famille Joad, qui s'entasse avec trois générations, le peu de biens qu'ils ont pu garder et très peu d'argent pour se nourrir et payer l'essence, sur un pick up plus de toute jeunesse, pour tenter sa chance en Californie. 

Il y a le pépé “mauvais, cruel et irritable comme un gamin remuant, l'ensemble surmonté d'une bonne couche de rigolade”, la mémé “qui devait sa longévité au fait qu'elle était aussi mauvaise que son mari”, le père, qui se désole de ne plus pouvoir nourrir sa famille et de voir son influence diminuer au profit de la mère qui est celle qui tient la famille, le fils aîné Tom, qui vient de sortir de quatre ans de prison pour avoir tué un homme au cours d'une rixe, le fils Al, coureur de jupons, mais qui va faire des miracles pour maintenir le pick up en état de marche, la fille Rose, enceinte, et son mari, les deux jeunes enfants, Winfield et Ruthie, l'oncle John...

Au fur et à mesure de leur avancée sur la route 66 vers la Californie, les relations au sein du groupe familial vont se modifier, il y aura des décès, des départs...

Et quand ils arrivent en Californie, ils se retrouvent des milliers pour très peu de travail saisonnier (ramassage des fruits, ramassage du coton), ce qui conduit les propriétaires à proposer des salaires ridicules qu'ils sont obligés d'accepter sous peine de mourir de faim. Ils se heurtent aussi au racisme des Californiens qui ne veulent pas que les "Okies" (habitants de l'Oklahoma) s'installent chez eux. 

Pour plus de pédagogie, John Steinbeck a inséré quelques chapitres d'ordre général qui permettent de mieux comprendre ce que vivent les membres de la famille Joad au cours de leurs tribulations. 

Un roman époustouflant par sa qualité littéraire, qui traite d'un sujet, la migration pour des causes climatiques et le refus d'accueillir les migrants, malheureusement toujours terriblement d'actualité. 

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