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L’appropriation sociale et territoriale des énergies renouvelables

APESA Transition

De la recherche à l'action opérationnelle par l’APESA

La transition énergétique est souvent pensée à travers le prisme technique et économique. Pourtant, son succès dépend intimement de son intégration dans les territoires et de son appropriation par les citoyens. Face à la multiplication des conflits locaux, l’APESA se mobilise en tant que tiers-acteur de confiance pour penser et accompagner cette dimension sociétale. De la recherche de terrain jusqu'à notre offre de conseil stratégique, découvrez comment nous traduisons la complexité des enjeux sociaux et politiques en leviers d'action pour des projets ancrés dans les territoires et partagés.

1. Dépasser l'acceptabilité sociale : conflits d'usage et justice énergétique face aux réalités du terrain

Le déploiement des infrastructures d’énergies renouvelables (EnR) suscite des oppositions croissantes, révélant que la transition énergétique ne peut se décréter « par le haut », en faisant l’impasse de la territorialisation des politiques et des nouvelles technologies d’énergies renouvelables aux échelles locales.

Nos travaux de recherche, menés dans le cadre de divers projets financés par la Région Nouvelle-Aquitaine et l’Union Européenne - via le programme FEDER (Fonds européen de développement régional), nous ont permis d'identifier plusieurs problématiques structurelles sur le terrain :

L'acceptabilité sociale est souvent utilisée comme une simple stratégie pour faire passer un projet déjà ficelé, réduisant les oppositions locales à un simple syndrome d'égoïsme local (NIMBY). Or, les citoyens et l’action publique questionnent de plus en plus la légitimité des processus de gouvernance qui accompagnent les projets, ou même des modèles de société que ces projets imposent.

L'étude de la filière biogaz et de la méthanation/méthanisation, de la décarbonation du bassin de Lacq ou du photovoltaïque sur terres agricoles illustre un décalage fort entre les injonctions nationales (top-down) et les volontés ou capacités des territoires. La ressource (biomasse, foncier, etc.) crée des tensions et les logiques industrielles se heurtent aux exigences locales de justice environnementale. Comme le montrent nos recherches, il existe un décalage structurel entre les potentiels “théoriques” attribués aux territoires par les instances décisionnelles et les trajectoires que ces territoires s'autorisent et s'approprient eux-mêmes (par exemple, le territoire de la Sarthe a un très fort potentiel de méthanisation, mais très peux d’unités sont présentes sur le territoire).

Face aux limites de la simple participation citoyenne et d’une lecture réductrice des oppositions au prisme de l’acceptabilité, le terrain réclame de la justice. L'analyse de projets conflictuels d’agrivoltaïsme dans les Landes ou le Béarn, ou encore d’initiatives de coopérative citoyenne d’énergies renouvelables, montrent que sans véritable justice procédurale et distributive, la participation citoyenne risque d'être perçue comme un simple outil du “gouvernement de la critique” (entendues comme des pratiques en vue de favoriser l’acceptabilité d’un projet sans remettre en cause le projet lui-même et ses facteurs conflictuels), c'est-à-dire une formalité administrative visant à neutraliser la contestation plutôt qu'à co-construire. 

2. Innover par la recherche embarquée : notre ingénierie méthodologique pour décoder les tensions

Pour dépasser ces points de blocage, l’APESA a structuré un important effort de Recherche & Développement basé sur une posture de “recherche embarquée” directement au contact des acteurs de terrain et des dispositifs de transition.  Cette immersion scientifique nous permet de concevoir des méthodologies et des micro-outils opérationnels innovants :

A - De l’acceptabilité sociale à la justice énergétique

Développer des énergies renouvelables (éolien, solaire, méthanisation) est essentiel pour le climat, mais ces projets se heurtent souvent à des oppositions locales. Pourquoi ? Parce que les habitants ont parfois le sentiment que ces projets sont imposés, ou qu'ils ne profitent pas à leur territoire.

L'objectif du projet RESICONE est de changer de méthode : passer d'une simple recherche d'« acceptation » (où l'on cherche à obtenir un "oui" des habitants) à une démarche de « justice énergétique » (où l'on s'assure que le projet est réellement juste pour tous). Pour que les projets d'énergies renouvelables soient bien accueillis et utiles à la collectivité, nous avons identifié trois piliers fondamentaux pour accompagner les porteurs de projets :  

  1. Le partage équitable (Justice distributive) : Le projet est-il accessible à tous ? Par exemple, permet-il aux familles modestes d'investir ou de bénéficier de tarifs réduits ? Qui gagne et qui perd dans cette nouvelle installation ?
  2. La transparence des décisions (Justice procédurale) : Les habitants ne doivent pas être informés à la dernière minute. Ils doivent être impliqués dès le début de la réflexion, avec de vrais espaces de dialogue, pour que leurs avis influencent réellement le projet.
  3. Le respect du territoire (Justice de reconnaissance) : Un projet ne peut pas se construire sans tenir compte du mode de vie local, des agriculteurs, du paysage ou des savoir-faire des habitants. Le projet doit s'adapter à son environnement et non l'inverse.

Pour opérationnaliser ce concept, et aller au-delà de la théorie, nous avons traduit le concept de justice énergétique en dispositifs d'intelligence collective. Nous avons créé des ateliers permettant aux acteurs d'auditer leurs projets à travers les trois piliers de la justice (distributive, procédurale et de reconnaissance) à chaque phase du cycle de vie d'un projet (idéation, avant-projet, construction, fonctionnement). L’objectif est in fine d’identifier et de co-construire des pistes d’actions et de recommandations concrètes en matière de justice énergétique pour les projets d’énergie renouvelables dans les territoires.

L'APESA veut par cet effort R&D accompagner les acteurs (élus, développeurs de projets, citoyens) pour transformer ces concepts théoriques en outils pratiques.

En résumé : Nous aidons à repérer les points de blocage avant qu'ils ne deviennent des conflits, proposons des méthodes pour inclure tous les citoyens (pas seulement ceux qui ont les moyens) et favorisons des projets où les bénéfices (économiques, environnementaux) restent sur le territoire.

B - Intégration et appropriation territoriale des EnR

Ce projet de recherche vise à comprendre comment déployer efficacement les nouvelles technologies d’énergies renouvelables au sein des territoires, pour qu’elles soient acceptées et utiles à tous. Il ne s'agit pas seulement de valider la technique, mais de s'assurer que ces innovations s'intègrent harmonieusement dans le tissu social, économique et politique local.

Les trois grands axes d'étude :

  1. L’agrivoltaïsme : L'objectif est de concilier, sur une même parcelle, la production agricole et la production d'énergie solaire. Le projet analyse les débats qu’il suscite, les politiques publiques qui l’encadre et les modes de gouvernance territoriaux qui se dégagent.
  2. La méthanisation biologique (in situ) : Il s'agit de transformer des déchets organiques locaux en gaz vert (biométhane). Les chercheurs étudient les meilleures conditions (techniques, économiques et de gouvernance) pour que ces installations fonctionnent durablement et soient bien intégrées à l'échelle départementale.
  3. La décarbonation industrielle (ex : projet ZiBaC à Lacq) : Ce volet accompagne la transformation des zones industrielles pour réduire leur empreinte carbone. Le projet cherche à éviter les blocages sociaux (comme les oppositions locales) en favorisant une meilleure concertation entre les industriels, les élus et les habitants.

Les méthodologies employées sont ainsi caractéristiques de l’expertise en sciences sociales de l’APESA : des entretiens avec les acteurs clés (élus, industriels, agriculteurs, associations), des analyses des discours et des controverses locales dans la presse, des diagnostics territoriaux pour identifier quels territoires sont les mieux adaptés à quelles technologies.

En résumé : Ce travail sert à créer des ponts entre les objectifs nationaux (réduire les émissions de gaz à effet de serre) et les réalités du terrain, en transformant les projets technologiques en véritables projets de territoire partagés.

Les travaux de recherche de l’APESA ont fait l’objet de plusieurs valorisations scientifiques. Ci-dessous, une liste non exhaustive.

Carrausse, R., Tyl, B., Aublet, B., 2026, “Entre approche critique et opérationnelle, quelle dialectique ? Retour sur le rôle d’agent intermédiaire de la géographie politique de l’énergie dans le projet européen SIreNERGY”, in Espace Politique

Aublet, B., Tyl, B., Carrausse, R., 2025, Justice énergétique & engagement citoyen dans les projets d'énergies renouvelables en Europe, in Assises Européennes de la Transition Energétique, Strasbourg, Juillet 2025 

Carrausse, R., 2025, A l’ombre des panneaux solaires, l’agrivoltaïsme. Retour sur une trajectoire sociotechnique de légitimation, in Développement Durable et Territoires, Vol. 15, n°3, Décembre 2024

R. Carrausse, L. Dupuy, S. Breteau-Amores, B. Aublet, A. Pottier, E. Flament, 2024, Territorialiser des promesses incertaines. Premiers retours d’un itinéraire méthodologique de recherche-action sur la méthanation biologique in situ, in Concepts, modèles et usages de la biomasse : une approche critique, Journée d’étude, Sorbonne Université, Paris, Novembre 2024 

Flament, E., 2024, Les territoires potentiels de la méthanisation et de la méthanation biologique in situ, APESA, Mémoire M2 TEST, UPPA

Gomez, A., & Tyl, B., 2023, Les politiques publiques de soutien aux «communautés énergétiques»: une instrumentalisation de la notion de citoyenneté?, in Développement durable et territoires. Économie, géographie, politique, droit, sociologie, 14(1). 

Gomez, A., Tyl, B., & Pottier, A., 2022, Trajectories of renewable energy communities: Between democratic processes and economic constraints, in Local Energy Communities (pp. 153-171). Routledge.

3. De la R&D aux prestations opérationnelles : gérer les controverses, identifier les incertitudes et outiller les territoires

La raison d’être de l’APESA en tant que Centre de Transfert réside bel et bien dans le transfert de la recherche vers des solutions opérationnelles pour les acteurs socio-économiques en vue d'accompagner les transitions. 

Sur la question des énergies renouvelables, le transfert de nos travaux s’est illustré de différentes manière, auprès d’acteurs publics à l’échelle européenne ou de grandes entreprises dans le développement stratégique de leur innovation :

A - Evaluer les incertitudes sociotechniques et leurs effets sur le déploiement territorial d’une technologie avec GRDF

Grâce à nos analyses des incertitudes socio-techniques (par exemple sur la durabilité des installations ou sécurisation des gisements de biomasse), nous formalisons des matrices de risques multidimensionnelles (techniques, économiques, sociaux et régulatoires) de l’implantation territoriale d’une nouvelle technologie d’énergies renouvelables. Cela permet de sortir du déni et d’accompagner les porteurs de projet dans une gestion adaptative « chemin faisant ».

B - Comprendre les débats et leurs acteurs : l’exemple de l’agrivoltaisme avec TotalEnergies

Sollicités par TotalEnergies face aux débats naissants sur l'agrivoltaïsme, l'APESA a mobilisé son expertise en géographie politique pour dresser une typologie des controverses sociopolitiques, agricoles et foncières. Nous avons cartographié les coalitions d'acteurs, allant de l'écologie radicale aux logiques de compromis entrepreneurial  et mis en évidence les risques de rejet liés à la spéculation foncière. Cette prestation a permis de formuler des recommandations stratégiques : pour être accepté, un projet agrivoltaïque ne doit pas être un simple "technosolutionnisme", mais doit démontrer sa réelle plus-value agronomique et s'ancrer dans une démarche participative locale.

C - Outiller la participation citoyenne et l’acceptabilité sociale des EnR en zones rurales avec le programme INTERREG SIreNERGY

Dans ce projet Interreg Europe, l'APESA agit comme advisory partner (partenaire conseil) pour cinq régions européennes (au Pays Basque espagnol, Suède, Pologne, Roumanie et Bulgarie). Notre rôle a consisté à traduire des concepts critiques en outils méthodologiques maniables pour les acteurs publics, et adaptés à leur contexte et histoire locales. En collaboration avec une agence de design, nous avons transformé des données sociologiques complexes en cartographies dynamiques et interactives, supports d'intelligence collective pour impliquer les habitants dans la planification énergétique. de leurs territoires.

D - Identifier les facteurs de réplicabilité territoriale d’une nouvelle technologie d’énergies renouvelables avec une major de l’énergie

Pour une major de l’énergie, l’APESA a réalisé un retour d'expérience sociologique sur un dispositif d’innovation ouverte multipartenarial visant à expérimenter de l’agrivoltaïsme sur vigne. L’objectif était d’identifier les dynamiques d’apprentissage du consortium, les défis techniques rencontrés, les caractéristiques de la gouvernance à l'œuvre et les enjeux relationnels rencontrés. Par une analyse chronologique du projet, une analyse des coalitions d’acteurs en présence et des trajectoires d’apprentissage, l’APESA a identifié et restitué les conditions de réplicabilité territoriale de cette innovation et les freins et leviers en matière de gouvernance et d'acceptabilité sociale à lever. 

4. Pour aller plus loin : l’offre « Traduire » au service de l'appropriation sociale et territoriale des EnR

C’est à la confluence de ces années de recherche académique et de notre expérience de terrain auprès des industriels, des collectivités et de l'Europe, qu'est née l'offre d'accompagnement de l'APESA : TRADUIRE.

Dans un contexte où les impératifs de la transition écologique se heurtent à la réalité des territoires, l'APESA se positionne comme un « sustainability broker » (agent intermédiaire). L'offre TRADUIRE a pour ambition de saisir, assimiler et retranscrire les enjeux sociopolitiques et territoriaux qui concernent votre projet pour les intégrer dans votre stratégie et favoriser son ancrage territorial et son appropriation sociopolitique
Concrètement, l'offre TRADUIRE fait le pont entre notre R&D et vos besoins opérationnels en trois axes :

  • Diagnostiquer et spatialiser la complexité : Nous utilisons nos méthodologies éprouvées (monographies, cartographies d'acteurs, analyse des controverses) pour vous aider à comprendre l’écosystème local, la sociologie du territoire et les jeux de pouvoir avant tout déploiement.
  • Traduire le cadre normatif en ingénierie du dialogue territorial : En nous appuyant sur nos outils issus de la Justice Énergétique, nous concevons et animons des dispositifs de concertation sur mesure (ateliers d'intelligence collective, cartographies interactives). Nous vous aidons à passer d'une simple acceptabilité subie à une véritable participation citoyenne et territoriale.
  • Cartographier les acteurs et controverses : Grâce à nos matrices de risques et notre expertise pluridisciplinaire, nous accompagnons l'ajustement de vos innovations technologiques aux réalités des jeux d’acteurs et des dynamiques de controverses spécifiques à chacun des territoires

Avec TRADUIRE, l’APESA vous accompagne pour concevoir des trajectoires de transition qui ne se contentent pas d'être techniquement viables, mais qui deviennent socialement justes, démocratiques, et profondément ancrées dans la réalité de leurs territoires.

Vous souhaitez échanger avec nos équipes sur un projet en lien avec les énergies renouvelables ?

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